Définitions

Définir le handicap pour cette étude

Il peut être difficile de définir le « handicap » et de savoir qui est « handicapé ».  Certaines personnes préfèrent le terme « personne ayant un handicap », d’autres préfèrent « personne handicapée ». Le grand public perçoit souvent le handicap comme une classification médicale, tandis que les personnes handicapées et des activistes sociaux le considèrent comme une catégorie principalement sociale créée par des barrières physiques et comportementales. Certaines personnes malentendantes affirment qu’elles ne sont pas handicapées, mais qu’elles appartiennent plutôt à la communauté culturelle de l’American Sign Language (ASL), qui n’est pas différente de tout autre groupe ethnique, qu’il soit français, chinois ou péruvien – c’est le reste du monde qui les qualifie de handicapés.  D’autres affirment que les toxicomanes devraient être considérés comme des handicapés, alors que la plupart des gouvernements, des agences et des entreprises ne sont pas d’accord.  Il existe de nombreuses sortes d’incapacités : cognitives, psychiques, développementales, physiques et sensorielles.  Toutes contribuent à la compréhension de nous-mêmes en tant qu’êtres humains.

Dans le cadre du projet PROUD, nous limitons très consciemment notre définition du handicap pour notre projet de recherche actuel, car nous nous intéressons à la manière dont les personnes ont surmonté les obstacles à l’emploi rémunéré. De nombreuses personnes ont des handicaps qu’elles masquent ou couvrent lorsqu’elles sont au travail. Leurs employeurs n’ont aucune idée ni aucun sens de leur handicap. En interrogeant des employé(e)s ayant une déficience à caractère physique évident qui ne peut être cachée, nous espérons découvrir ce qui leur a permis de surmonter les obstacles. (Nous voulons également apprendre des employeurs qui les embauchent et les maintiennent en poste.) En parlant à des personnes présentant des déficiences physiques ou sensorielles évidentes, nous considérons que leur expérience sera précieuse car elle donnera de l’espoir aux membres de la communauté des personnes handicapées et donnera une orientation pour créer un environnement de travail plus inclusif et plus favorable.

Bien entendu, les personnes ayant un handicap développemental, cognitif ou psychique ont également des idées importantes à offrir.  Là encore, comme ces handicaps peuvent souvent être masqués, il est probable que les employeurs ne les constatent pas pendant le processus d’embauche et, par la suite, pendant l’emploi proprement dit.  En outre, il est important que nous respections les personnes qui choisissent de partager leurs expériences avec nous.  Nous devons être conscients qu’une forme différente de consentement pour participer à nos recherches sera nécessaire lorsque nous travaillerons avec des personnes ayant une déficience cognitive ou psychique.  À l’avenir, nous aimerions concevoir un projet qui garantisse comme il se doit que nous respectons et comprenons ces personnes lorsque nous recherchons leurs connaissances en matière d’emploi.

Ainsi, nos recherches actuelles sur les expériences de travail des employé(e)s ayant un handicap se limitent aux personnes ayant une déficience physique ou sensorielle. On peut définir cette déficience  comme une limitation du fonctionnement physique, de la mobilité, des sens, de la dextérité ou de l’endurance d’une personne, ou comme des effets sur d’autres aspects de sa vie quotidienne. Le handicap physique peut être d’origine congénitale ou être acquis par accident ou maladie. Les personnes ayant ce type de handicap ont parfois besoin d’un dispositif d’assistance tel qu’un fauteuil roulant, des béquilles, des cannes et des membres artificiels pour améliorer leur mobilité, ou d’aménagements pour leur permettre de participer à des activités à l’école, au travail ou dans les loisirs.

Pour l’instant, nos recherches ne portent pas sur les personnes présentant des handicaps «  invisibles  » ou un handicap résultant d’une déficience cognitive ou développementale, d’une maladie mentale ou d’une dépendance.  Bien que de nombreux types de handicaps différents entraînent des difficultés similaires en milieu de travail, la portée de cette étude ne peut tout simplement pas les aborder tous.  

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Qu’est-ce que la recherche phénoménologique ?

La recherche phénoménologique cherche à résoudre les problèmes en comprenant les « expériences vécues » des personnes ou des groupes.  Les chercheurs recueillent des données qualitatives à partir d’entrevues de recherche, de documents, de photos ou d’autres artefacts qui communiquent l’étendue et la profondeur d’un problème à partir des connaissances et des expériences de première main des personnes concernées ou touchées par une question.  La perspective phénoménologique permet aux chercheurs de saisir la complexité et la richesse d’une question en s’engageant auprès de personnes qui y sont impliquées.

L’équipe de recherche du projet PROUD, par exemple, étudie le problème de l’invalidité et du sous-emploi en parlant avec des personnes ayant un  handicap qui ont réussi sur le marché du travail, en écoutant ceux et celles qui emploient des personnes handicapées et en communiquant avec des collègues qui s’occupent de travailleurs ayant une limitation fonctionnelle afin de comprendre comment les cultures du milieu de travail peuvent mieux soutenir les personnes ayant un handicap physique.  Les chercheuses visent à acquérir une compréhension approfondie des enjeux et à développer les meilleures pratiques avec la communauté des personnes handicapées, afin de les partager avec les employeurs, les décideurs politiques et les défenseurs des droits des personnes handicapées.

Une étude phénoménologique du handicap et de l’emploi est différente d’une étude du marché du travail portant sur le handicap et l’emploi.  La première approche est centrée sur l’être humain et recueille des informations approfondies auprès d’un petit nombre de participant(e)s ; tandis que la seconde est centrée sur les données et s’appuie sur des statistiques de l’emploi recueillies à partir d’un grand nombre d’enquêtes ou d’entretiens quantitatifs.

La perspective de la recherche phénoménologique est ancrée dans la tradition philosophique de la phénoménologie qui cherche à comprendre la conscience et les structures de l’expérience.  Cette philosophie se retrouve dans les travaux des philosophes du XXe  siècle, Edmund Husserl, Martin Heidegger, Maurice Merleau-Ponty et Jean-Paul Sartre.

Pour plus d’informations sur cette démarche de recherche :

  • Creswell, J.W. (2013). Qualitative inquiry & research design: Choosing among the five approaches. Thousand Oaks, CA: Sage. (pp. 77-83)
  • Finlay, L. (2009). Exploring lived experience: Principles and practice of phenomenological research. International Journal of Therapy and Rehabilitation, 16(9), 474-481.
  • Hughes, B., & K. Paterson. (1997). The social model of disability and the disappearing body: Towards a sociology of impairment. Disability & Society 12 (3): 325–40. doi:10.1080/09687599727209
  • Maxwell, J.A. (2013). Qualitative research design: An interactive approach. Thousand Oaks, CA: Sage. (pp. 135-136)
  • Moustakas, C. (1994). Phenomenological research methods. Thousand Oaks, CA:  Sage publications.
  • Smith, D. W. (2018). Phenomenology.  The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Summer 2018 Edition), Edward N. Zalta (ed.).  https://plato.stanford.edu/archives/sum2018/entries/phenomenology/.
  • Vagle, M. D. (2018). Crafting phenomenological research. New York:  Routledge.